Le rationalisme n'est pas un automatisme

Table des matières

Mikaël Salson

Ce document a été réalisé dans le cadre du cours de zététique que j'assure auprès des étudiants de la filière journaliste et scientifique commune à l'université Lille 1 et à l'école supérieure de journalisme de Lille. Ce document a un double rôle :

  1. illustrer des biais argumentatifs que l'on peut rencontrer dans des argumentaires ;
  2. montrer que connaître ces biais ne permet pas automatiquement de s'en prémunir.

L'association française pour l'information scientifique (AFIS) effectue un remarquable travail pour dénoncer les pseudo-sciences (par exemple sur les fleurs de Bach, l'homéopathie, l'effet placebo, la psychanalyse, …) au travers de sa revue Sciences & Pseudo-sciences. Néanmoins lorsque l'association aborde d'autres sujets, elle perd nettement de pertinence. Pire, elle oublie parfois ce qu'elle vante par ailleurs à raison : se fonder sur les meilleures connaissances scientifiques disponibles, et éviter les arguments fallacieux.

Un problème récurrent dans la diffusion d'informations scientifiques dans les médias est leur volonté de donner la parole aux « pour » et aux « contre », comme ce qui est fait dans un débat de société. Or la démarche scientifique n'a rien à voir avec un débat démocratique. La démarche scientifique consiste à rejeter toutes les hypothèses qui se révèlent fausses pour ne conserver que celles qui expliquent le mieux le monde tel que nous le percevons. Il n'y a donc pas vraiment de sens à vouloir donner la parole à des personnes défendant une théorie réfutée. D'ailleurs les débats télévisés entre personnes défendant le fait que la Terre est ronde et d'autres affirmant que la Terre est plate sont assez rares. De même, on ne voit pas souvent de débat entre tenants et opposants à la théorie de la gravitation. Alors pourquoi le faire sur d'autres sujets qui, eux non plus, ne font plus débat parmi les spécialistes ?

Or c'est exactement ce qui se passe avec le réchauffement climatique et l'AFIS n'est pas en reste.

Ce texte a été envoyé le 11 janvier 2017 à l'AFIS pour commentaires. Vous pouvez retrouver ici ce texte, tel qu'il leur a été envoyé. L'AFIS y a répondu. Pendant la lecture de cette page, vous pouvez choisir de : montrer ou cacher leurs commentaires ainsi que de montrer ou cacher mes réponses. Il est aussi possible de retrouver le document tel qu'envoyé par l'AFIS le 29 janvier 2017, ici.

Suite à la publication de ce document le 1er mars 2017, l'AFIS a envoyé une lettre de plainte à la direction de l'ESJ Lille (dont je ne suis pas employé) le 3 mars. Elle m'y reproche notamment un « conflit d'intérêt idéologique »1 en raison d'activités que je mènerais dans le cadre privé. L'AFIS redoute que les étudiants soient « instrumentalisés, si ce n'est pris en otage d'une croisade militante personnelle ». Rien de moins. L'AFIS essaie par ce moyen-là d'empoisonner le puits : puisque leurs réponses à mes critiques sont peu satisfaisantes, il faut trouver un autre moyen de discréditer mon propos en essayant de discréditer le messager.

1 Relativisme sur le réchauffement climatique

L'existence du réchauffement climatique et le rôle qu'y tient l'humanité sont connus depuis plusieurs décennies. Dès les années 1970 des chercheurs d'Exxon le reconnaissaient. Pourtant l'AFIS semble avois mis plus de temps à prendre conscience de l'état de la science à ce sujet. Alors qu'en l'an 2000 l'AFIS publiait un très bon article sur le sujet critiquant « un certain discours pseudo-scientifique sinon franchement antiscientifique », elle s'est ensuite mise à relayer de tels discours, sans recul critique. En avril 2008 à côté d'un article écrit par Michel Petit, un scientifique participant au GIEC, se trouve un autre article écrit par un climato-sceptique n'ayant aucune expertise scientifique sur le sujet et relayant des thèses réfutées depuis longtemps.

Ce faisant l'association met sur le même plan une parole relayant les propos d'un organisme chargé de faire une synthèse des travaux scientifiques sur le sujet et de l'autre un blogueur. Or ces deux sources d'information n'ont pas le même niveau de crédibilité. Le résultat d'un consensus scientifique, les conclusions de la communauté de chercheurs sur un sujet, est le plus haut niveau de preuve qu'il est possible d'atteindre. C'est à partir de tel consensus que se construisent les connaissances scientifiques. C'est d'ailleurs en se fondant sur elles qu'il est possible d'apporter de nouvelles connaissances.

Or mettre sur le même plan un consensus scientifique et une opinion personnelle revient à nier l'importance du consensus scientifique, de supposer que toute opinion se vaudrait. C'est bien le cas pour des sujets de société, mais ça ne l'est pas pour des sujets scientifiques (où il ne s'agit plus d'opinion mais de décrire des phénomènes de la manière la plus proche de la réalité). Que l'on croit ou non à la théorie de la gravitation, nous y sommes soumis et avons bien les pieds collés sur Terre. On a le droit de ne pas croire à la théorie de la gravitation, de ne pas croire que la Terre est (à peu près) ronde, de ne pas croire que le VIH provoque le SIDA, … Mais il ne vient à pas grand monde l'idée d'inviter des personnes ayant de telles opinions à venir les détailler sur les plateaux télés ou dans les journaux. Alors pourquoi le faire quand il s'agit du réchauffement climatique ?

Derrière l'apparente neutralité de donner la parole aux « pour » et aux « contre », on instille en fait du doute en laissant croire aux lecteurs non seulement qu'il y a encore débat sur la question, mais surtout que sur les sujets scientifiques, toutes les opinions se valent. La science n'est pas démocratique, chacun ne choisit pas d'être soumis à la gravité terrestre, aux virus, à la vieillesse… L'association sombre ainsi dans un relativisme qu'elle dénonce par ailleurs. C'est aussi ce qui ressort de cet autre article niant le réchauffement climatique dans le même numéro : « C’est au fil des années que la vérité apparaîtra, car pour l’instant tout est interprétation, modélisation, et manque de faits d’une absolue solidité. »

Malheureusement l'association a renouvelé l'opération avec un numéro paru en juillet 2010, donnant à nouveau la parole à Michel Petit et, de l'autre côté, à d'autres négateurs du réchauffement climatique : Vincent Courtillot ou Benoît Rittaud.

L'introduction du dossier de 2008 précise pourtant bien la place que nous accordons au GIEC dans le processus de décision, et que le consensus scientifique n’est pas mis sur le même plan que le reste : « Nous avons souvent rappelé aux pouvoirs publics l’importance de s’appuyer d’abord sur l’état de la connaissance scientifique, ses certitudes, mais aussi ses incertitudes, pour ne pas apprécier que, sur la question du réchauffement climatique, un organisme tel que le GIEC ait été mis en place ». Et à ce titre, le dossier comporte un texte (suivi d’un entretien) du physicien Michel Petit, ancien représentant français au GIEC, où nous précisons qu’il présente « l’état du consensus tel qu’établi par le GIEC : les résultats scientifiques, mais aussi les incertitudes associées ». Nous avons également publié dans ce dossier, et c’est ce qui vous permet d’en déduire notre « relativisme » sur le climat, un texte d’un journaliste scientifique, en précisant que cette publication était « en complément », « pour alimenter la réflexion ». Nous avons même précisé dans notre introduction que « nous ne pensons pas, sur cette question comme sur d’autres, que “la vérité est au milieu” ».

Relayer des affirmations réfutées, sans le préciser, relève de la désinformation et non de la réflexion. Or les affirmations niant l'origine anthropique du réchauffement climatique ont été réfutées (ou ici également, sources antérieures à 2008 dans les deux cas). Alors qu'en 2000, un brillant texte de M. Kandel critiquait dans vos colonnes le caractère pseudo-scientifique de certaines affirmations climato-sceptiques, l'association se met à les relayer huit ans plus tard. Si cela relève du « complément » qui « aliment[e] la réflexion », alors pourquoi Sciences et pseudo-sciences ne publie-t-elle pas des propos d'anti-vaccins, d'homéopathes ou de psychanalystes ? Surtout, pourquoi l'AFIS ne dénonce-t-elle pas ces affirmations pseudo-scientifiques comme elle l'a fait par le passé ?

Plus important, vous ignorez le texte adopté par notre conseil d’administration en décembre 2013 et intitulé « Climat, science, expertise et décision ». Vous auriez pu y lire une longue argumentation qui contredit votre thèse selon laquelle nous ferions preuve de « relativisme sur le réchauffement climatique ». Permettez-moi d’en citer un long extrait : « Le groupe I du GIEC vient de rendre son cinquième rapport : sa mission porte sur l’évaluation des aspects scientifiques du système climatique et de l’évolution du climat. Ce rapport confirme l’observation d’un réchauffement climatique […]. Il constate l’augmentation de la concentration en gaz à effet de serre […]. Il met en évidence le rôle des activités humaines » Et nous ajoutions, sans aucune ambiguïté ni aucune forme de relativisme : « Ce constat peut être contesté sur le terrain de la science, mais il représente l’état de la connaissance telle que la communauté internationale d’experts du climat l’exprime. ».

Ce texte ne présentait pas d'intérêt supplémentaire par rapport au dossier de 2016 dont je parle dans la suite. C'est pourquoi je n'ai pas jugé pertinent de le mentionner.

Enfin, notre numéro de juillet 2016 contient un important dossier sur le climat. Là aussi, les choses sont claires et vont à l’encontre de vos interprétations : « Le constat de la réalité du réchauffement climatique et l’identification de ses causes relève de la science. Les actions à entreprendre pour limiter le réchauffement ou permettre aux sociétés de s’adapter relèvent de choix politiques, économiques et sociétaux. ». Ce dossier commence par un article de François-Marie Bréon, qui a contribué au 5e rapport du Groupe I du GIEC et qui présente justement « l’état des connaissances scientifiques ».

Terminons en rappelant que le premier texte que nous avons publié sur le sujet date de décembre 2000 (il y a 17 ans). Signé de Robert Kandel, à l’époque spécialiste du climat au CNRS, il fait un point précis sur les connaissances de l’époque et précise bien : « La concentration du CO2, 270 ppm vers 1700, est passée à 315 ppm en 1957, à près de 370 ppm en 2000 [avec une] attribution aux activités humaines de la variation en cours. Du jamais vu depuis des millions d’années ! […] La Terre se réchauffe » Nous pourrions continuer ainsi longtemps. Votre thèse sur un prétendu relativisme de notre part sur le climat, sur une attitude qui serait comparable, d’après vous, à celle qui mettrait sur le même plan « la théorie de la gravitation » et « ceux qui n’y croient pas », ceux qui pensent que le « VIH provoque le SIDA » et ceux qui affirment le contraire, ne correspond tout simplement pas aux faits.

Par contre, nous revendiquons le droit de publier des éclairages différents, qui engagent leurs auteurs sur le fond, et la rédaction de Science et pseudo-sciences sur sa conception de l’information. Nous pensons que nos lecteurs sont à même de faire la part des choses et de comprendre, comme nous le rappelons de façon incessante, qu’en santé et environnement, les expertises collectives prenant en compte les données les plus récentes apportent l’état de la connaissance à un instant donné sur laquelle la décision doit se fonder.

Mes critiques portent sur des articles précis et non sur l'ensemble de la production de l'AFIS (que je ne prétends pas connaître). Je critique donc le relativisme de certains articles, voire de certains numéros (dument cités) de l'AFIS. Comme je le précise plus haut, votre réponse ne me convainc pas puisque l'article de M. Kandel que vous avez l'audace de citer, critique le type de propos que l'association relaie 8 ans plus tard. Je critique ce revirement.

D'après vous relayer des propos pseudo-scientifiques réfutés à côté des meilleures connaissances scientifiques sur un sujet revient à « publier des éclairages différents ». En fait cela contribue à les mettre au même niveau, sur un pied d'égalité, ce qui nous amène bien au relativisme.

Il faut cependant souligner que pendant la rédaction de ce texte l'association a sorti un nouveau numéro de sa revue faisant le point sur les connaissances scientifiques (réelles) sur le sujet. Malgré tout, ce numéro prend une tournure assez étonnante puisqu'il associe un article (remarquable) qui explique le fonctionnement de ces groupes de travail et un autre article mettant en cause le troisième groupe de travail du GIEC, qui serait plus idéologique. Les auteurs reprochent notamment à ce groupe de travail de dire « peu de choses sur la manière dont les sociétés peuvent s'adapter au changement climatique », étonnant alors qu'il s'agit Modification du 8/02/2017 : « de l'objectif » modifié en « d'un des objectifs » d'un des objectifs du groupe de travail. Plus concrètement il est également reproché à ce groupe de travail de ne pas mettre en avant l'usage de certaines technologies, notamment les biotechnologies. Or la réponse se trouve dans le chapitre 11 du rapport du GIEC du groupe 3 (FAQ 11.2, p. 869) : « Others [mitigation options] (such as some forms of biotechnology and livestock dietary additives) are still in development and may not be applicable for a number of years ».

La phrase que vous citez va dans notre sens. Elle mentionne les biotechnologies, au conditionnel, pour dire que leur utilisation pourrait ne pas être possible avant plusieurs années. Est-ce obligatoirement un biais de la part des auteurs de notre article que de penser que c’est un peu léger ? 2

Voici ce que dit votre article : « Aucune analyse sur les développements et l’usage de certaines technologies qui pourraient contribuer à l’adaptation comme, par exemple en agriculture, les biotechnologies ».

L'absence d'analyse est donc expliquée dans le rapport du groupe 3 du GIEC. N'eût-il pas été pertinent de le préciser dans l'article de l'AFIS ? Si les auteurs de l'article de Sciences et Pseudo-sciences estiment que les experts du domaine font erreur sur ce sujet, il serait pertinent de fournir des sources solides permettant de corroborer cette affirmation. Rien de tel n'est fourni. Faute de preuve suffisante, il est plus raisonnable de s'en remettre aux experts du groupe 3 du GIEC plutôt qu'à deux auteurs n'ayant pas de compétence particulière dans le domaine.

Les auteurs regrettent que ce groupe de travail soit mis au même niveau que le groupe 1, donnant l'état des connaissances scientifiques sur le réchauffement climatique. Pourtant le fonctionnement de ces deux groupes est identique, tous deux donnent le niveau de confiance de leurs affirmations, ainsi que des marges d'erreur. Sur quels critères faudrait-il différencier ces groupes de travail ?

La connotation idéologique du Groupe 3 est pourtant reconnue par le Groupe 3 lui-même dans son dernier rapport. Voici quelques extraits du dernier rapport du Groupe 3 du GIEC que nous mettions en exergue dans notre article :

Dans la majorité des cas, les projections socio-économiques sous-jacentes reflètent les choix particuliers de l’équipe de modélisation quant à la façon de conceptualiser l’avenir en l’absence de politique climatique. Les scénarios de référence présentent un large éventail d’hypothèses concernant la croissance économique […], la demande d’énergie […] et d’autres facteurs, en particulier l’intensité carbone de l’énergie ; [Ces modèles incluent en général] une représentation intégrée des systèmes humains [et prétendent permettre] de comprendre comment diverses actions ou décisions aboutissent à des résultats différents dans des systèmes complexes ; [Le texte fait des] hypothèses sur les imperfections du marché”, sur l’“adoption par les marchés”, l’impact d’“un prix uniforme du CO2 et des autres GES [gaz à effets de serre] dans tous les secteurs de l’économie et tous les pays du monde” s’exprimant dans le cadre “de marchés très efficaces qui ne présentent pas de déficiences outre l’effet externe du changement climatique

Je ne vois pas où le groupe 3 reconnaît sa « connotation idéologique » à moins de partir du principe que toute modélisation est connotée idéologiquement.

Notre texte s’interrogeait alors : « Quelle science saurait, aujourd’hui, représenter de façon consensuelle les “modèles humains” et simuler de façon réaliste les conséquences des actions et décisions ? S’agit-il là d’une science validée que l’on peut mettre au même plan que la science du climat ?

On peut ne pas être d’accord avec notre interprétation. C’est votre droit de la contester. Mais elle s’appuie sur des textes dument référencés.

S'il ne s'agit que de votre inteprétation, alors nous ne sommes pas face à une affirmation vérifiable et réfutable. Il est dommage qu'une association défendant le rationnalisme relaie des interprétations et non des affirmations réfutables et vérifiables. Il est encore plus regrettable que votre article ne mentionne pas qu'il s'agisse d'une inteprétation.

Il suffit de lire le rapport pour constater qu’il contient beaucoup de proposition pour l’atténuation du réchauffement, mais quasiment aucune mesure d’adaptation, en dépit de la mission affichée du groupe de travail.

Le problème de cette affirmation est qu'elle manque cruellement de précision et de références. Si la proportion respective de mesures d'adaptation et d'atténuation ne vous convient pas à l'heure actuelle, il faudrait déterminer ce qu'elle devrait être et surtout ce qui justifierait une telle proportion. Peut-être avez-vous raison, mais il faut donner les moyens aux lecteurs de s'en rendre compte.

Suite aux réponses de M. Krivine et interpellé par la publication dans un même numéro de Sciences & Pseudo-sciences d'un article par un chercheur participant au groupe 1 du GIEC (François-Marie Bréon) et de celui-ci tendant à discréditer le travail du groupe 3, j'ai pensé qu'il serait intéressant d'avoir l'opinion de M. Bréon sur ce second article. Il souligne que même si les incertitudes sont bien plus grandes que pour le groupe 1 du GIEC, elles sont bien mentionnées dans le résumé du groupe 3. Ces incertitudes, ajoute-t-il, reflètent bien l'état des connaissances sur le sujet. En effet, selon lui, il n'y a « pas de consensus dans la communauté du groupe 3 ». Ceci le conduit à rejeter l'accusation d'idéologie formulée dans l'article de l'AFIS : « je ne m'associe pas à cette critique », dit-il. Rappelons que M. Krivine réitère son accusation de « connotation idéologique » du groupe 3 dans sa réponse, en prétendant que le groupe 3 le reconnaîtrait lui-même.

Ajout du 8/02/2017 : en préparant les réponses aux commentaires de M. Krivine j'ai relu une partie du rapport du groupe 3. J'ai alors réalisé que le travail du groupe 2 consiste notamment à s'intéresser à l'adaptation au changement climatique Surtout le groupe 2 du GIEC est bien plus centré sur l'adaptation aux changements climatiques que le groupe 3. Son rapport s'intitule : « Impacts, Adaptation, and Vulnerability » et comporte une section complète sur l'adaptation aux changements climatiques. Il serait donc aussi absurde de reprocher au groupe 2 de ne pas suffisamment s'intéresser à l'atténuation du changement climatique que de reprocher au groupe 3 de ne pas suffisamment s'intéresser à l'adaptation aux changements climatiques.

Si on peut comprendre que l'AFIS ait, à un moment donné, fait des erreurs en publiant certains articles niant le réchauffement climatique anthropique, il est regrettable de continuer à les trouver en ligne, sans aucun avertissement.

2 Biais de confirmation avec le DDT

Le réchauffement climatique n'est pas le seul sujet scientifique sur lequel l'AFIS s'égare. Elle peut même aller plus loin que de mettre en scène un débat qui n'a plus lieu dans le monde scientifique. Il lui est arrivé à plusieurs reprises de relayer des accusations graves contre des groupes de personnes en l'absence de preuves sérieuses. Pire elle ira même jusqu'à tordre la réalité.

Le DDT est une molécule qui a été utilisée après-guerre dans la lutte contre le paludisme. L'OMS a lancé une campagne d'éradication, qui s'est révélée être un échec (car trop ambitieuse et adaptée uniquement à des pays suffisamment riches) à la fin des années 1960. Elle a alors changé de stratégie au début des années 70 (voir « Eradication: lessons from the past », « WHO — the days of the mass campaign », « Evolutionary and Historical Aspects of the Burden of Malaria »). De manière à peu près simultanée des doutes émergent sur les conséquences du DDT sur l'environnement. Certains font alors un lien entre les deux événements. Ce lien, néanmoins, n'est fait que dans les années 90 (voir à ce propos le livre de Naomi Oreskes et Erick Conway, Les marchands de doute). Il s'agit en fait d'une manœuvre de certains néo-conservateurs étatsuniens pour discréditer les mouvements écologistes.

Et l'AFIS n'hésite pas à relayer dès 2003 la responsabilité d'associations écologistes dans l'arrêt de l'utilisation du DDT dans les années 1970. Ainsi, pour l'AFIS, c'est sous « pression de l'opinion publique » que l'OMS abandonne sa campagne d'éradication. Or aucune source n'est donnée. On se retrouve alors face à l'« effet atchoum »3 : parce qu'un événement en précède un second, alors le premier a causé le second. C'est évidemment un raisonnement fallacieux. Ici, parce que les craintes sur le DDT (mises en lumière par un livre de Rachel Carson publié en 1962, Silent Spring) ont émergé juste avant l'arrêt de la campagne d'éradication, alors cela aurait nécessairement été causé par le premier événement. Soulignons néanmoins que l'on peut retrouver des traces de l'utilisation du DDT dans divers pays après les années 70. La conclusion de l'article de l'AFIS est pourtant univoque : « nous sommes complices de laisser périr chaque année 2,7 millions d’hommes, de femmes et surtout d’enfants, par notre refus d’utiliser un produit, dont la seule action néfaste avérée est de diminuer l’épaisseur de la coquille des œufs de certains rapaces ». Ce qui revient à relayer de fausses informations à la fois sur le nombre de décès4, sur l'utilisation (il est utilisé) et sur ses conséquences pour la santé.

L'association recommence en 2014 et se fait moins subtile : « Certaines associations écologistes ne veulent pas le reconnaître. Certains journalistes comme Stéphane Foucart voudraient le nier. Mais la réalité est là : les campagnes anti-DDT ont conduit à la disparition progressive du DDT dans la lutte contre le paludisme, avec des conséquences sanitaires majeures (des millions de victimes). ». On a ici « associations écologistes » qui est mis à proximité de « Stéphane Foucart » pour tenter de discréditer le discours du journaliste dans une sorte de culpabilité par association. Le journaliste ne serait finalement qu'un militant. Peut-être est-ce le cas, mais il faut apporter des éléments concrets et ne pas se contenter de cet artifice rhétorique. Le procédé est utilisé tout au long de l'article. De plus l'auteur opère une lecture sélective de ses sources : « le lien de causalité entre arrêt du DDT et recrudescence du paludisme est partout vérifié » dit-il en s'appuyant sur un article scientifique, après avoir affirmé que « De facto, les programmes d’aide bannissent le DDT, quoi qu’en disent Stéphane Foucart et Greenpeace ». Or si la détérioration des financements est bien mentionnée dans cet article, c'est à cause du « “out of sight, out of mind” paradox » : plus un programme est efficace, moins la maladie est visible, et plus il y a de risque que les financements s'arrêtent. Les chercheurs ajoutent que ce n'est pas un problème propre à la lutte contre le paludisme. Et les auteurs de l'article scientifique cité par l'AFIS insistent, contredisant donc la version de l'AFIS : « Les raisons à la réduction ou à la cessation des financements ne sont pas claires à chaque fois, mais dans plusieurs cas, les dons ont été réalloués en raison du succès dans la réduction du paludisme » 5. Difficile dans ces conditions de dire que les programmes d'aides « banissent le DDT », comme le fait l'AFIS, surtout que tous les programmes de lutte contre le paludisme peuvent aussi avoir recours à d'autres insecticides que le DDT. L'auteur est ici victime de biais de confirmation, cherchant les éléments qui vont accréditer son hypothèse et mettant de côté (pas nécessairement consciemment) les éléments qui la réfutent. Dans les éléments à charge mis en avant par l'AFIS, un article publié dans le peu reluisant Journal of American Physicians and Surgeons est même utilisé.

Si vous aviez lu avec attention notre article de 2014, vous auriez relevé ces propos de l’OMS, dument référencés, commentant les raisons du déclin de l’usage du DDT : « un autre facteur important a été la réprobation générale envers l’utilisation du DDT, due à des peurs quant à ses effets nocifs sur l’environnement et la santé, peurs qui sont injustifiées si le DDT est utilisé correctement lors des pulvérisations » (« Indoor residual spraying », Global Malaria Program. OMS 2006) ;

J'avais bien noté que vous employiez un communiqué de presse pour appuyer vos propos plutôt que la littérature scientifique. J'avais préféré ne pas insister sur cet égarement.

Un communiqué de presse n'est pas une source d'information fiable : il s'agit, comme son nom l'indique, d'un outil de communication et non d'information. En revanche les communiqués peuvent faire référence à des sources pertinentes. Soit le communiqué de presse reflète les connaissances de l'OMS sur le sujet, dans ce cas il doit exister des rapports de l'OMS détaillant le rôle et les conséquences de la « réprobation générale » dans la lutte contre le paludisme. Quels sont-ils ?

Ou encore, les références que nous donnons pour illustrer certaines actions environnementalistes lors de la conférence de Stockholm s’opposant à une clause dérogatoire pour usage sanitaire à l’interdiction de l’usage du DDT.

J'imagine que vous parlez de la convention de Stockholm et non de la conférence de Stockholm (qui n'a aucun rapport avec le DDT). Cette convention de Stockholm (visant à interdire l'utilisation des polluants organiques persistants, sauf dans un cadre sanitaire) a été adoptée en 2001 alors que ce que je critique est l'affirmation de « la responsabilité d'associations écologistes dans l'arrêt de l'utilisation du DDT dans les années 1970 » (arrêt de l'utilisation qui n'a pas eu lieu, il est utile de le préciser).

Ces références à la conférence de Stockholm ne sont d'aucune aide sur le sujet, si ce n'est de semer la confusion.

Ajoutons un autre extrait du document de l’OMS de 2006 (document que nous citons dans notre article de 2014) qui confirme le rôle des campagnes environnementalistes que vous niez :

« Ces dernières années, l’opinion a changé au sujet de l’utilisation d’insecticides dans les maisons pour prévenir le paludisme. Le Environmental Defense Fund, qui avait lancé la campagne contre le DDT dans les années 60, approuve maintenant son usage à l’intérieur des habitations contre le paludisme, tout comme le Sierra Club et le Endangered Wildlife Trust. »

Si vous avez un doute sur le fait que les campagnes de, par exemple, de l’Environmental Defense Fund (EDF), incluaient bien l’usage sanitaire du DDT, voici un extrait d’un jugement de 1972

« On the other hand, EDF challenges the Administrator’s decision to allow use of DDT in controlling certain public health problems or in agricultural quarantines antines as not being based on substantial evidence. Specifically EDF contends that there is no need to retain these uses of DDT, and that the usual dangers of DDT are present in these particular uses. The Administrator finds that these uses may be necessary to combat potential, severe public health problems, and so DDT registrations for these purposes should be allowed. »

Précisons que :

  1. Je n'ai pas nié que des associations aient pu être opposées à l'usage du DDT dans la lutte contre le paludisme. En revanche je n'ai vu aucune source sérieuse accréditant l'idée que les prises de positions de quelques associations aient eu de réelles conséquences.
  2. Le jugement dont vous parlez a eu lieu aux États-Unis d'Amérique, qui n'étaient plus touchés par le paludisme depuis les années 1950.
  3. Ce procès, car il est important de préciser le contexte, contestait la décision de l'agence étatsunienne de l'environnement (EPA) d'interdire l'utilisation du DDT aux États-Unis d'Amérique, sauf dans un cadre sanitaire. Les fabricants de DDT contestaient l'interdiction pendant que l'Environmental Defense Fund contestait l'autorisation dans un cadre sanitaire. Le jugement a finalement donné raison à l'EPA. Votre preuve du rôle des associations dans l'interdiction du DDT pour la lutte contre le paludisme consiste donc en un procès perdu par une association.
  4. L'association EDF a été tellement efficace que le DDT était toujours autorisé aux États-Unis d'Amérique en 1999 pour lutter contre le paludisme. Mais, d'après votre hypothèse, les mêmes associations auraient été efficaces pour empêcher son utilisation dans les pays souffrant réellement du paludisme.

Tous ces éléments montrent que votre réponse est malheureusemnt hors-sujet, ne répond pas à mes objections et que vos preuves sont légères (un communiqué de presse et un procès perdu par une ONG).

En revanche il est dommage que vous n'ayez pas commenté la critique que j'ai faite de votre lecture sélective d'un article scientifique que vous citez. Soit j'ai raison et vous devriez corriger votre article pour ne plus induire en erreur vos lecteurs ou j'ai tort et vous devriez me corriger pour que je n'induise plus en erreur mes lecteurs. La même remarque s'applique au fait que vous ayez cité un article du piteux /Journal of American Physicians and Surgeons/ (qui publie notamment des articles faisant un lien entre autisme et vaccins, ou avortement et cancer du sein et d'autres niant le lien entre SIDA et HIV). Alors que la référence à ce journal paraît scientifique et sérieuse, elle n'en a que les atours et n'a en fait pas plus de poids qu'une publication sur un site conspirationniste quelconque. Il est fort regrettable que l'AFIS donne (un peu) d'audience à ce journal en le référençant.

Les éléments factuels relatifs aux propos de Stéphane Foucart sont pourtant largement développés au début de l’article de 2014 dans lequel nous reproduisons des extraits d’un texte de son blog6 où il parle, à propos d’un impact des campagnes environnementalistes sur l’usage du DDT contre le paludisme de « légende forgée et diffusée par les milieux néoconservateurs américains, [d’une] fable dépourvue de tout fondement […] Le DDT a progressivement perdu du terrain dans la lutte anti-vectorielle depuis les années 1970 pour la principale raison de l’apparition, dans certaines régions, de résistances des anophèles à cet insecticide ». Il n’y a donc aucun discrédit par association mais bien des faits référencés que nous analysons.

Je ne comprends pas bien votre réponse puisque le nom de Stéphane Foucart est évoqué à huit reprises tout au long de l'article et non uniquement au début. À cinq reprises ses propos sont assimilés à ceux d'associations écologistes ou plus spécifiquement de Greenpeace.

À nouveau je ne vois aucun élément concret permettant d'effectuer une tel rapprochement, et la citation de votre réponse ne m'éclaire pas, si ce n'est la volonté de discréditer un journaliste.

Bien que les réponses de M. Krivine soient peu convaincantes (un communiqué de presse fait peu de poids face à différentes synthèses de la littérature scientifique), j'ai voulu m'assurer, après avoir reçu ses réponses, de ne pas faire de contre-sens. J'ai alors interrogé un chercheur spécialiste du sujet, Fabrice Chandre. Il travaille à l'institut de recherche sur le développement sur les maladies infectieuses transmises par les insectes, et il est notamment reponsable d'un centre collaborateur de l'OMS pour l'évaluation des insecticides en santé publique. Que nous apprend-il ? Il confirme qu'il n'y a pas eu de recommandation de l'OMS pour arrêter l'usage du DDT. Il précise qu'à partir des années 80, avec l'arrivée de nouveaux insecticides, le DDT a été progressivement limité à l'utilisation à l'intérieur du domicile. Concernant la conclusion de l'article de l'AFIS en 2014 (en particulier cette phrase : « les campagnes anti-DDT ont conduit à la disparition progressive du DDT dans la lutte contre le paludisme, avec des conséquences sanitaires majeures (des millions de victimes). »), Fabrice Chandre marque son désaccord : les traitements au DDT des maisons ne suffisent pas car les moustiques peuvent très bien piquer à l'extérieur des maisons et d'autre part, même s'il ne s'agit pas de la raison principale, des résistances au DDT existent.

3 Manque de vérifiabilité sur les pesticides

L'AFIS minimise également l'effet de certains pesticides sur la santé humaine. Dans un article intitulé « Pesticides : risques, bénéfices et idées reçues », l'auteur semble dans une situation délicate pour juger du phénomène. Il est notamment présenté comme animateur de Forum Phyto, qui se présente comme une association de « professionnels du monde agricole ». Sa mission est de « travaille[r] au développement d'une protection des plantes assumée, responsable, durable ». Parmi ses membres, on trouve l'union des industries de protection des plantes, c'est-à-dire le lobby des pesticides. On peut déjà regretter que le conflit d'intérêt ne soit pas plus clairement explicité sur le site de l'AFIS.

Si vous aviez simplement lu en entier notre article, vous auriez noté, juste sous le titre de l’introduction, cette précision :

« Les sujets évoqués ici sont plus largement développés dans le dossier (qui sera publié sur deux numéros de Science et pseudo-sciences). Les références à l’appui des informations sont incluses dans les articles traitant de chacun des thèmes. »

Et en vous reportant à chacun des articles en question, vous auriez trouvé toutes les références affirmées comme absentes.

J'ai bien lu l'article mais j'ai malheureusement tendance à éluder involontairement les propos préliminaires ainsi que les titres et intertitres. J'ai donc ajouté une précision suite à votre remarque sur le caractère introductif de l'article.

Ajout du 1/02/2017, suite au retour de J-P. Krivine de l'AFIS. Cet article se trouve être une introduction à un dossier au sujet de l'agriculture et des pesticides dont les sources sont censées se trouver dans les articles du dossier. Cependant il n'y a pas de moyen simple d'accéder aux articles de ce dossier et je n'ai pas été capable de trouver les sources aux affirmations que je relève ci-dessous.

L'article minimise surtout les maladies chez les agriculteurs, et met en cause l'insuffisance des protections (sans référence). Dans le cadre d'une approche rationnelle on ne devrait pas « faire confiance » à l'auteur mais avoir toutes les clés permettant de juger de la crédibilité du propos. Sans source, l'affirmation est alors à rejeter, ce qui n'est qu'une conséquence du principe de la charge de la preuve : ce sont aux personnes qui mettent en avant une affirmation de donner les éléments qui l'accréditent. Il est regrettable que la rédaction de l'AFIS ne juge pas nécessaire de demander à sourcer de telles affirmations (il s'agit par exemple d'un principe de base sur Wikipedia). L'article mentionne néanmoins l'étude Agrican (sans donner ses références) pour souligner que les agriculteurs sont moins victimes de cancer que la population générale. C'est une comparaison qui n'a pas de sens. Il s'agit d'ailleurs d'une illustration du paradoxe de Simpson : comparer deux échantillons qui ne sont pas comparables pour aboutir à une conclusion erronée. Par exemple, chez les actifs, les agriculteurs sont la catégorie socio-professionnelle présentant le niveau de tabagisme le plus faible. Surtout à aucun moment l'article n'évoque par exemple l'impact des pesticides sur la maladie de Parkinson (Ajout du 1/02/2017, suite au retour de J-P. Krivine de l'AFIS. mon affirmation est maladroite puisque l'article parle effectivement de maladie de Parkinson mais dans un cadre très particulier : si le travailleur est insufisamment protégé et en ne parlant que de la roténone, pesticide interdit en France depuis 2009. On pourrait alors croire qu'il s'agit d'un problème ancien dû à des négligences. Or d'autres pesticides sont soupçonnés (comme les organochlorés).). Cette maladie a été reconnue comme maladie professionnelle chez les agriculteurs.

Il vous suffit juste de lire avec attention le texte…

« Il a été démontré que, si le travailleur est insuffisamment protégé, certains pesticides pouvaient provoquer des maladies sur le long terme : par exemple maladie de Parkinson, causée par une exposition élevée à la roténone, pesticide bio aujourd’hui interdit en Europe ».

La maladie de Parkinson est bien évoquée dans l’introduction (et par ailleurs traitée dans l’article associé).

Comme je l'ai précisé suite à votre commentaire, ma formulation était maladroite. J'ai désormais précisé ceci.

Notons que la notion d'article associé n'est pas si claire qu'elle pourrait l'être. Rien, à partir de l'article que je cite, ne permet d'accéder directement à cet article associé sur la maladie de Parkinson.

De même, l'impact de l'exposition aux pesticides pendant la grossesse pour l'enfant à naître est complètement passé sous silence en dépit des connaissances sur le sujet.

Ces aspects ne seront pas plus abordés dans un autre article intitulé « Les pesticides représentent-ils un risque de santé publique ? ». Notons quand même un autre article qui parle notamment de la maladie de Parkinson chez les agriculteurs : « Pesticides et santé des agriculteurs », mais le lecteur d'un des précédents articles n'est pas invité à aller lire celui-ci pour avoir des informations sur la maladie de Parkinson.

Sur un sujet proche, les néonicotinoïdes, l'AFIS est également victime du biais de confirmation. Alors qu'elle est rapide à pointer les limites potentielles d'une étude (et en particulier les critiques de l'Anses) qui montre un effet sublétal d'un insecticide néonicotinoïde sur les abeilles, elle n'a (à ma connaissance) pas mentionné que depuis l'Anses appelle Précision du 1/02/2017 suite au retour de J-P. Krivine de l'AFIS : « appelle à un moratoire » modifié en « appelle à la continuation du moratoire » à la continuation du moratoire, et désire limiter l'utilisation des néonicotinoïdes à certaines situations précises. Un lecteur de l'AFIS n'aura alors qu'une vision partielle et biaisée lui laissant penser que les études sur les néonicotinoïdes sont alarmistes et qu'il n'y a en fait pas tant de risque pour les abeilles à l'utilisation de tels insecticides.

Là aussi, une simple lecture de notre texte vous aurait éclairé. Tout d’abord, contrairement à ce que vous affirmez, il est faux de dire que « l’ANSES appelle à un moratoire », il suffit d’ailleurs de se reporter au texte même de l’ANSES de 2016 que vous citez. L’ANSES se contente de souligner « la pertinence du moratoire européen décidé en 2013 ». Et ce moratoire est bien décrit dans le texte que nous publions. Extrait :

« Depuis 2013, les néonicotinoïdes (imidaclopride, thiaméthoxame et clothianidine) sont suspendus sur toute l’Europe pour les semences de cultures qui attirent les abeilles et les semences de céréales, à l’exception des céréales d’hiver et des semences utilisées sous serre »

Et la position de l’ANSES de 2016 est elle-même précisément explicité dans un encadré.

Le texte auquel vous faîtes référence n'est pas celui dont je parle 7.

Cet autre texte a cependant le mérite de pointer le fait que l'association a effectivement relayé la position de l'Anses au sujet des néonicotinoïdes. Cependant, dans cet article l'information est bien enfouie, contrairement à l'article qui critiquait une étude sur l'effet sublétal des insecticides néonicotinoïdes sur les abeilles. En effet c'est au bout d'environ 17 000 signes (soit l'équivalent de plus de 5 pages d'un magazine) qu'arrive enfin l'information sur la position de l'Anses à propos des néonicotinoïdes. Et encore la position de l'Anses sur le moratoire européen n'est pas abordée :

l’Agence préconise un « renforcement des conditions d’utilisation des produits » et indique qu’« en l’absence de mesures de gestion adaptées, l’utilisation des néonicotinoïdes entraîne de sévères effets négatifs sur les espèces pollinisatrices ». Elle rappelle les usages et conditions d’utilisation « pour lesquels les risques pour les abeilles domestiques, les bourdons et les abeilles sauvages sont considérés comme faibles ». L’Agence souligne cependant « le manque de connaissances concernant l’impact de ces produits sur les abeilles et autres pollinisateurs » et précise que de nombreuses données importantes sont en cours d’analyse au niveau européen et que son avis est donc « susceptible d’évoluer au vu de ces éléments ».

Il eût été plus simple d'écrire : « l'Agence appelle à poursuivre le moratoire européen ».

4 Argument d'autorité et appel à la pitié sur le riz doré

L'AFIS a également relayé sur son site internet le communiqué des 107 Nobels soutenant le développement du riz doré (riz OGM qui devrait permettre des apports en vitamine A aux personnes qui le consomment, à destination de pays où beaucoup d'enfants meurent de telles carences) et critiquant Greenpeace. Ce communiqué en lui-même constitue un argument d'autorité : on utilise l'autorité des prix Nobel pour défendre une cause qui a peu de rapport avec les compétences pour lesquelles ils ont obtenu leur prix. Idéalement ce communiqué ne devrait pas être relayé car son argument principal, celui mis en avant (les prix Nobel), est fallacieux.

Nous avons relayé l’appel de 107 Prix Nobel. Il nous a semblé utile d’informer sur une prise de position peu courante. Nous n’avons jamais prétendu que ce communiqué avait valeur scientifique. Et les 107 signataires non plus. Ils précisent bien que « Toutes les agences scientifiques et réglementaires à travers le monde ont établi de manière répétée et cohérente que les cultures et les aliments améliorés grâce aux biotechnologies sont aussi sûrs, sinon plus, que ceux provenant de toute autre méthode de production ». Ils ne mettent donc pas en avant leur propre autorité pour affirmer cela, mais se réfèrent au consensus scientifique sur le sujet, rappelé par toutes les agences scientifiques et réglementaires.

L'affirmation n'est pas sourcée dans le communiqué, on se reporte donc à l'autorité des Prix Nobel pour leur faire confiance. Cette même affirmation est tellement générique et floue qu'elle devient peu crédible. Toutes les agences scientifiques et réglementaires du monde se sont-elles vraiment prononcées sur le sujet ? Que désigne « les cultures et les aliments améliorés grâce aux biotechnologies » ? Toutes les cultures et les aliments modifiés par cette technique ? Le processus étant tellement long que cela semble peu probable.

Par ailleurs, nous ne partageons vraiment pas votre position selon laquelle « idéalement, ce communiqué ne devrait pas être relayé ». Nous n’avons pas cette curieuse conception de l’information qui s’apparente plus à un appel à une forme de censure. Des pétitions et prises de positions sont légion et trouvent souvent écho dans la presse, même quand elles ne font aucune référence aux avis des agences sanitaires. Celle-ci, émanant de plus de 100 prix Nobel, n’est pas banale. Elle a reçu un écho très discret dans la grande presse. Alors que quelques dizaines de personnes arrachant une vigne OGM expérimentale de l’INRA obtiennent une bien meilleure couverture médiatique.

Ai-je appelé à une censure ? Laisser penser cela est une technique de l'homme de paille visant à discréditer des propos que je ne tiens pas. Une rédaction choisit toujours les sujets qu'elle va traiter et cela se fait au détriment d'autres sujets. Ne pas traiter ces sujets-là n'est pas une censure pour autant.

Non seulement l'AFIS le relaie mais elle y adjoint une affiche trompeuse. L'image en haut à gauche ne représente pas des gens de Greenpeace, celle en bas à gauche est bien issue d'une campagne de Greenpeace mais pour une action qui ne semble avoir aucun rapport avec le riz doré. Si Greenpeace est si active sur le riz doré, n'est-il pas possible de trouver une illustration correcte ? (Ajout du 1/02/2017, suite au retour de J-P. Krivine de l'AFIS. je ne nie pas les activités de Greenpeace contre le riz doré, je regrette juste l'utilisation d'images inadaptées) Enfin l'image à droite, montre un enfant asiatique semblant inquiet dans un champ de riz, constitue un appel à la pitié, tout en véhiculant divers clichés. Est-on obligé de représenter un enfant asiatique lorsqu'on parle de riz ? Tous les pays asiatiques ne sont pas également touchés par la déficience en vitamine A. L'Inde ou le Bangladesh le sont plus que le Vietnam ou les Philippines8, par exemple. Pourtant le chapeau de l'enfant est vietnamien, cela véhicule donc une information fausse à nouveau puisque le Vietnam semble à peu près sorti de ses problèmes de déficience de vitamine A. Enfin, l'AFIS choisit une version de la photo où le garçon fait une tête inquiète quand il s'agit de Greenpeace mais, à l'inverse, celui-ci devient souriant lorsqu'il s'agit d'illustrer un article présentant le riz doré. Ce procédé véhicule un message faisant plus appel à l'émotion qu'à la raison.

Par ailleurs, dans un souci d’information, nous avons associé cette information avec le rappel de notre dossier très complet sur le Riz doré et sur les campagnes de Greenpeace visant à empêcher la mise au point de cet OGM qui pourrait contribuer à lutter contre une maladie grave touchant chaque année des centaines de milliers d’enfants de par le monde.

Vous semblez douter du rôle actif de Greenpeace contre le riz doré. Peut-être pourriez-vous consulter la brochure consacrée à ce sujet par l’association environnementaliste (et vous reporter, si vous le souhaitez, à l’analyse que nous en avons faite).

Je ne doute pas des actions menées par Greenpeace. En revanche, comme pour le DDT, j'attends des preuves montrant que ces actions ont eu un effet. Pour l'instant l'IRRI (l'institut international de recherche sur le riz), qui coordonne le projet, affirme que des recherches sont encore nécessaires.

Quant à l’illustration, elle nous semble adaptée. L’action de Greenpeace sur la photo, comme on peut le lire sur une banderole, concerne un champ de maïs OGM. Or, l’appel des 107 prix Nobel n’est pas spécifique au Riz doré, mais concerne bien les OGM en général.

Il est assez difficile de prétendre que l'appel des prix Nobel porte sur les OGM en général quand le seul OGM spécifiquement mentionné est le riz doré et qu'environ un tiers de l'appel y est consacré.

Je ne m'étais pas donné la peine de commenter la conclusion de l'appel de prix Nobel, ne pensant pas que cela était nécessaire. La voici : « Combien de pauvres gens dans le monde doivent mourir avant que nous considérions cela comme un crime contre l’humanité ? » Fallait-il vraiment ajouter à l'argument d'autorité des prix Nobel, l'appel à la pitié et l'utilisation de mots fortement connotés négativement (crime contre l'humanité, sans que la démonstration en soit faite), dit effet impact ? Est-ce le type d'argumentaires que l'AFIS veut promouvoir ?

5 Effet bi-standard sur l'énergie

Autre exemple illustratif de dérives argumentaires qu'il est possible de trouver dans la revue Sciences et pseudo-sciences de l'AFIS, avec un article autour de la disponibilité des ressources énergétiques.

Intéressons-nous d'abord à l'auteur, Alain Préat. Il s'agit d'après la description faite par l'AFIS d'un « géologue, professeur à l'université libre de Bruxelles ». Un géologue qui s'exprime sur la disponibilité des ressources dans la croûte terrestre, rien que de très normal en somme. Mais en fait bien que géologue, Alain Préat n'est pas spécialiste des ressources fossiles ou de leur extraction. Ce n'est pas un problème en soi, il est tout à fait possible de s'exprimer sur un sujet dont on n'est pas spécialiste. Il suffit juste d'en avoir conscience. Plus problématique, cette personne s'est illustrée par des positions niant l'origine anthropique du réchauffement climatique (relayées ici, ou également). Cela ne lui retire évidemment pas le droit de s'exprimer, ni d'apporter un regard scientifique éclairé sur certains sujets. En revanche cela explique probablement pourquoi l'auteur ne mentionne ni les conséquences de l'utilisation des ressources fossiles dont il parle (pétrole, charbon, gaz) ni l'impossibilité de bruler toutes les ressources fossiles connues si nous souhaitons limiter le réchauffement climatique à environ 2°C. C'est un manque d'autant plus regrettable que cela constitue un effet bi-standard (deux poids, deux mesures) avec les critiques que formulait l'AFIS à propos d'un documentaire de Cash investigation faisant l'impasse sur les bénéfices des pesticides. Aussi, imagine-t-on l'AFIS ouvrir ses colonnes à un médecin anti-vaccin sur des questions de santé ?

Autre manque dans l'article d'Alain Préat : aucune référence scientifique. J'ai déjà expliqué en quoi un tel manque était dommageable à la vérifiabilité de l'information et en quoi c'était contradictoire avec une approche rationnelle d'un sujet. Or des références scientifiques il en existe. Par exemple une synthèse récente de la littérature scientifique présente des chiffres beaucoup moins optimistes que ceux d'Alain Préat (moins de 1 000 milliards de barils de pétrole conventionnel restants contre 1 200 à 1 500 dans sa fourchette pessimiste, et 2 000 à 3 000 pour la fourchette optimiste).

Surtout, au delà de la quantité restante, ce qu'il est important de connaître c'est la quantité récupérable avec un taux de retour énergétique intéressant, car évidemment l'extraction d'énergie requiert aussi de l'énergie. Plus les contraintes sont fortes (forage en eaux profondes, dans l'Arctique…) plus on a besoin de grandes quantités d'énergie pour pouvoir extraire des ressources énergétiques. Or il n'existe nulle mention dans cet article du fait que le taux de retour énergétique était de 30 pour 1 dans les années 1990 et que pour des ressources actuellement exploitées comme les sables bitumineux ou le pétrole de « schiste » il est respectivement de 4 pour 1 et de 7 pour 1.

6 Retour au relativisme avec le chlore

Enfin finissons avec un cas ayant été mis en lumière par Stéphane Foucart, journaliste scientifique au Monde.

Bernard Meunier, vice-président de l'Académie des sciences, affirme, dans un article de la revue de l'AFIS, que malgré l'épidémie de choléra en Haïti, l'eau a mis des mois avant d'être traitée au chlore en raison du principe de précaution. Or, après enquête, le journaliste réalise que « les documents de l’OMS et de l’Unicef montrent que l’une des mesures mises en œuvre dès le départ de l’épidémie a précisément été l’utilisation et la distribution de divers produits chlorés ». Les affirmations du Pr. Meunier n'ont donc aucun fondement.

Depuis la version en ligne de l'article de l'AFIS a été amendée de manière bien curieuse, offrant là encore un effet bi-standard. Un encart rédigé par la rédaction a été ajouté et indique que « Les propos tenus sont donc une opinion de l’auteur, sa propre interprétation des événements ». Il est donc possible de tenir des propos qui tiennent plus du révisionnisme historique que du rationnalisme sur un site défendant pourtant le second. Ou bien les propos du Pr. Meunier sont étayés et dans ce cas il serait bon de présenter, a minima les deux versions ou alors la version du Pr. Meunier est fantasmagorique et il serait plus avisé de faire amende honorable et de retirer le propos incriminé. Reconnaître son erreur montre que l'on est prêt à changer d'avis pour peu que les preuves soient suffisantes. C'est l'essence même d'une démarche rationnelle : on ne reste pas arc-bouté sur des croyances mais on est au contraire prêt à changer d'avis si des éléments suffisants le justifient.

7 Conclusion

Bien que défendant une démarche rationnelle, nous sommes néanmoins soumis à nos propres biais, à nos propres croyances et à notre idéologie. C'est notamment ce que j'ai voulu montrer à travers cette critique de quelques articles de la revue Science et pseudo-sciences. Encore une fois il ne s'agit pas de l'unique production de la revue et elle regorge d'articles passionants. Mais nous devons être vigilants à tout instant pour ne pas tomber dans des écueils que nous dénonçons par ailleurs. Ne pas critiquer ces « manquements » reviendrait à tenir un double discours (l'effet bi-standard dont je parlais plus haut) et à ne pas considérer de la même manière les erreurs de raisonnement ou les sophismes en fonction de l'émetteur. Nous devons garder notre esprit critique avec tout le monde, a fortiori avec les personnes avec lesquelles nous sommes plutôt d'accord. Garder l'esprit critique, c'est aussi garder en tête que nous pouvons faire des erreurs, les reconnaître et les corriger. J'attends d'ailleurs les remarques me permettant de corriger les erreurs que je n'aurai pas manqué de commettre dans ce (trop) long texte.

Au regard des quelques éléments que nous relevons plus haut, le moins que l’on puisse dire est que le biais de confirmation s’applique effectivement aussi à ceux qui sont conscient de son impact. Nous ne pouvons que partager votre mise en garde : « nous devons être vigilants à tout instant pour ne pas tomber dans des écueils que nous dénonçons par ailleurs ». Nous ne prétendons pas nous-mêmes être immunisés. Mais les exemples que vous prenez ne sont, à l’évidence, pas probants.

Je pourrais dire que vos réponses ne sont « à l'évidence » pas satisfaisantes, mais cela n'aiderait pas à avancer dans le débat.

En revanche, je peux rappeler qu'un certain nombre de vos critiques sont décevantes car :

  • Elles visent à détourner l'attention d'articles que je critique pour en renvoyer vers d'autres (sur le réchauffement climatique ou les pesticides notamment). Or je critique certains articles en particulier pour les biais qu'ils présentent, je n'ai jamais prétendu que ces biais étaient omniprésents. De plus un lecteur arrivant sur votre site ne va pas nécessairement lire tout ce que l'association a écrit sur un sujet. Ou alors est-il impossible de critiquer sans avoir lu la totalité de l'œuvre de l'AFIS sur un sujet ?
  • Elles brillent parfois par leur absence (notamment sur la fin du document, mais pas seulement).
  • Les éléments supplémentaires apportés ne paraissent pas probants (sur le groupe 3 du GIEC, sur le DDT).

Terminons par un argument « en positif » du biais de confirmation que nous pensons identifier chez vous. Il y a des sujets pour lesquels vous êtes en accord avec les analyses de l’AFIS : « par exemple sur les fleurs de Bach, l’homéopathie, l’effet placebo, la psychanalyse… ». Il s’agit des pseudo-sciences à propos duquel nous ferions un « remarquable travail pour [les] dénoncer ». Bizarrement, pour ces sujets, nous ne tomberions dans aucun des défauts que vous relevez : arguments fallacieux, manque de référence, relativisme, argument d’autorité… Ce serait seulement « lorsque l’association aborde d’autres sujets [qu’] elle perd nettement de pertinence ».

Ainsi, quand notre association publie des textes qui vont dans le sens de ce que vous pensez, elle « regorge d’articles passionnants ». Et c’est quand elle aborde des sujets où vous n’êtes plus d’accord ou qui ne correspondent pas à votre perception de la réalité qu’elle ferait preuve de tous les défauts mentionnés… La coïncidence est troublante.

Vous avez très probablement raison. Je suis moi-même soumis au biais de confirmation et effectivement je suis peut-être plus indulgent, moins regardant sur certains articles plutôt que d'autres. Il m'est d'ailleurs arrivé de trouver certains articles un peu légers sur certains de ces thèmes, sans pour autant en avoir fait une critique.

Mais cela n'anéantit pas mes critiques pour autant. Le biais de confirmation me joue des tours sur les articles concernant les pseudo-sciences, que je n'ai pas critiqués ici : puisqu'ils confirment mes croyances, il m'est plus confortable des les considérer de bonne qualité. Et donc s'il y a bien biais de confirmation, ce qu'il faudrait relativiser dans ma critique, ce sont paradoxalement… les compliments que je faisais à propos de l'association.

Pour conclure, à mon tour, je regrette profondément que vous n'ayez pas été en mesure de reconnaître une seule erreur. Sur la totalité des critiques émises, n'y en a-t-il pas une seule qui serait pertinente ? Je ne peux que répéter ce que je disais plus haut : « Garder l’esprit critique, c’est aussi garder en tête que nous pouvons faire des erreurs, les reconnaître et les corriger. »

8 Remerciements

Un grand merci à Emmanuel Bénard pour sa relecture minutieuse qui a amélioré la qualité de ce texte. Les erreurs restantes sont évidemment de mon fait.

9 Conflits d'intérêts

J'ai été orateur invité par Novartis (non rémunéré) pour un séminaire de deux jours en 2016 sur l'onco-hématologie, en compagnie de médecins hospitaliers. Novartis a payé la nuit d'hôtel ainsi que trois repas. J'ai travaillé avec un ingénieur Inserm financé pendant 18 mois par la fondation EDF. Je possède le nombre minimal de parts sociales de ma banque, le crédit coopératif.

Notes de bas de page:

1
L'AFIS appelant à plus de transparence et à dévoiler ses conflits d'intérêt idéologiques, je propose que celle-ci ouvre la voie en dévoilant les conflits d'intérêt de ses administrateurs et de ses rédacteurs. Mais la notion même de « conflits d'intérêt idéologiques » est très discutable. Alors qu'il est très bien documenté que les conflits d'intérêts financiers sont associés à un biais en faveur du financeur, rien de tel n'existe pour les « conflits d'intérêt idéologiques ».
2
Cette phrase était placée plus loin dans la réponse originelle de M. Krivine, je l'ai déplacée ici pour améliorer la compréhension, sans rien modifier d'autre.
3
Dont l'appellation est issue de la situation imaginaire suivante : le 21 septembre 2001, une personne éternue à Toulouse et s'ensuit l'explosion de l'usine AZF. En conclure que l'éternuement est responsable de l'explosion est un effet atchoum que les latinistes appelleront post hoc ergo propter hoc.
4
ou, pour une source datant de 2003, référons-nous à ce document de l'UNICEF.
5
Traduction libre de « Reasons for funding reductions or cessation were not clear for all events, but in several, donors appear to have reallocated funding specifically because successful reductions in malaria burden had occurred »
6
[Note de MS] il s'agit en fait d'un texte de Stéphane Foucart sur le blog du médiateur du Monde
7
j'ai recontacté M. Krivine à ce sujet qui n'a pas souhaité faire davantage de commentaires
8
Une limite à ces données : je n'ai pas trouvé de données d'incidence récentes, il s'agit donc de la couverture en suppléments en vitamine A, ce qui est une façon imparfaite de connaître les problèmes subsistants de déficience en vitamine A